
Stockage de fichiers auto-hébergé : comprendre le stockage objet et ses alternatives
Qu'est-ce que le stockage objet ? Pourquoi S3 est devenu un standard ? Tour d'horizon des solutions auto-hébergées avec un focus sur Garage, alternative européenne.
Introduction
Toute entreprise a besoin de stocker des fichiers : documents, images, sauvegardes, exports de données, logs applicatifs... La question n'est pas "si" mais "où" et "comment".
Pendant longtemps, la réponse était simple : un serveur de fichiers dans un placard, ou un NAS dans la salle serveur. Puis le cloud est arrivé, et avec lui une nouvelle façon de stocker les données : le stockage objet.
Cet article explique ce qu'est le stockage objet, pourquoi le protocole S3 s'est imposé comme standard, et quelles solutions existent pour l'héberger vous-même. Avec un focus sur Garage, une alternative européenne qui mérite votre attention.
Le stockage de fichiers : de quoi parle-t-on ?
Le stockage traditionnel
Historiquement, on stocke les fichiers dans des systèmes de fichiers hiérarchiques : des dossiers, des sous-dossiers, des fichiers. C'est ce que vous voyez sur votre ordinateur, sur un serveur de fichiers Windows, ou sur un NAS.
Ce modèle fonctionne bien pour un usage bureautique. Mais il montre ses limites quand les volumes explosent : des millions de fichiers, des pétaoctets de données, des accès simultanés depuis des dizaines d'applications.
Le stockage objet : une autre approche
Le stockage objet abandonne la hiérarchie de dossiers. Chaque fichier (appelé "objet") est stocké avec un identifiant unique et des métadonnées. Pas de chemin complexe, juste une clé pour retrouver l'objet.
Les avantages :
- Scalabilité : on peut stocker des milliards d'objets sans dégradation de performance
- Simplicité : une API simple (créer, lire, supprimer) qui s'intègre facilement
- Résilience : les données sont automatiquement répliquées sur plusieurs disques ou serveurs
- Coût : optimisé pour le stockage massif de données "froides"
- Polyvalence : stocke tout type de données — structurées ou non : images, vidéos, fichiers JSON, CSV, logs, modèles ML...
C'est le modèle utilisé par tous les grands services cloud pour stocker photos, vidéos, sauvegardes, et données analytiques.
Et les volumes ne cessent de croître. IoT, logs applicatifs, médias, données analytiques : les entreprises génèrent toujours plus de données qu'elles doivent conserver et exploiter. Le stockage objet est conçu pour absorber cette croissance sans changer d'architecture.
C'est d'ailleurs devenu la brique de base des architectures Data Lake modernes. Le stockage objet sert de couche "Bronze" (ou raw layer) où atterrissent les données brutes avant transformation. C'est le point d'entrée de l'architecture Medallion (Bronze / Silver / Gold) : les données arrivent telles quelles, puis sont nettoyées et enrichies dans les couches suivantes.
S3 : le standard de fait
S3 (Simple Storage Service) est le service de stockage objet d'Amazon Web Services, lancé en 2006. Son API est devenue le standard de l'industrie.
Aujourd'hui, quand on parle de "stockage S3", on ne parle plus forcément d'Amazon. On parle d'un protocole, d'une interface que tout le monde comprend. Vos outils de sauvegarde, vos applications, vos pipelines de données : tous savent parler S3.
C'est cette universalité qui rend le stockage objet si pratique. Et c'est aussi ce qui permet de l'auto-héberger : si votre solution parle S3, toutes vos applications fonctionnent sans modification.
Les solutions de stockage objet auto-hébergé
Bonne nouvelle : vous n'êtes pas obligé d'utiliser AWS pour profiter du stockage objet. Plusieurs solutions open source permettent d'héberger votre propre infrastructure, sur vos serveurs, avec vos règles.
Quatre solutions principales se distinguent. Chacune a ses forces et son positionnement.
MinIO
La référence du stockage objet auto-hébergé. Créé en 2014 par une entreprise américaine (Palo Alto), MinIO s'est imposé grâce à ses performances et sa documentation abondante. Le projet est sous licence AGPLv3 et propose également des offres commerciales avec support.
Ceph (RADOS Gateway)
Le vétéran du stockage distribué, maintenu par la fondation CNCF. Ceph propose une gateway S3 en plus du stockage bloc et fichier. C'est une solution complète, mais sa complexité la réserve aux grandes infrastructures avec des équipes dédiées. La documentation officielle recommande un minimum de 10 nœuds pour un déploiement de production.
Licence LGPL 2.1, gouvernance ouverte. Surdimensionné pour les PME.
SeaweedFS
Projet open source sous licence Apache 2.0, avec des contributeurs internationaux. SeaweedFS est optimisé pour les petits fichiers et la faible latence, ce qui en fait une bonne option pour les CDN ou les applications web avec beaucoup d'assets. L'architecture s'inspire de Facebook Haystack (décrite dans leur publication de 2010).
Garage
Solution européenne développée par l'association française Deuxfleurs. Garage se distingue par sa légèreté : un seul binaire, configuration minimale, et la documentation indique qu'il fonctionne avec 1 Go de RAM. La réplication multi-sites est native, pensée dès la conception.
Licence AGPLv3. Projet plus jeune (première version stable en 2022), mais en production chez Deuxfleurs depuis 2020.
Focus sur Garage
Qui est derrière ?
Garage est développé par Deuxfleurs, une association française à but non lucratif spécialisée dans l'hébergement alternatif et décentralisé.
L'association existe depuis 2018 et développe Garage depuis 2020. Ils l'utilisent en production pour leurs propres services : un cluster de 9 nœuds répartis sur 3 sites physiques en France.
Le projet bénéficie de financements européens via les programmes NGI POINTER et NLnet, qui soutiennent le développement d'alternatives aux technologies américaines. Une gouvernance transparente, un code open source (AGPLv3), et une communauté active sur Matrix.
Pourquoi Garage nous plaît
Léger. Garage tourne sur du matériel modeste. Un Raspberry Pi peut faire l'affaire pour des volumes raisonnables. Pas besoin d'investir dans des serveurs surpuissants pour démarrer.
Résilient. La réplication multi-sites est native. Vos données sont automatiquement copiées sur plusieurs nœuds, potentiellement dans des lieux géographiques différents. Si un site tombe, les autres prennent le relais.
Simple. Un seul binaire à déployer. Pas de zoo de services à orchestrer, pas de dépendances complexes. La configuration tient dans un fichier TOML lisible.
Souverain. Code développé en France, gouvernance associative transparente, financements européens. Pour les organisations soucieuses de souveraineté numérique, c'est un argument qui compte.
Quelle solution choisir ?
Il n'y a pas de "meilleure" solution dans l'absolu. Le choix dépend de votre contexte.
MinIO si vous cherchez une solution polyvalente, bien documentée, avec un large écosystème. C'est le choix par défaut quand on n'a pas de contrainte particulière.
Ceph si vous avez une grande infrastructure, des équipes expertes, et besoin d'un stockage unifié (bloc + fichier + objet). Pas pour les petites structures.
SeaweedFS si votre cas d'usage implique beaucoup de petits fichiers (images, assets web) et que la latence est critique. Bonne option pour les CDN maison.
Garage si vous êtes une PME, que vous avez des ressources matérielles limitées, que vous voulez du multi-sites simple, ou que la souveraineté européenne est un critère important.
Conclusion
Le stockage S3 self-hosted n'est plus réservé aux géants du web. Plusieurs solutions matures permettent aujourd'hui d'héberger ses données objet sans dépendre d'AWS ou d'un autre hyperscaler américain.
Garage est une alternative crédible et européenne, particulièrement adaptée aux déploiements légers et multi-sites. Ce n'est pas la solution pour tous les cas, mais elle remplit parfaitement son créneau.
Chez Datakhi, nous choisissons la solution adaptée à chaque projet. MinIO pour sa polyvalence, Garage pour sa légèreté, ou autre chose selon vos besoins. L'important, c'est que vos données restent sous votre contrôle.
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